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Longue lettre de Marcel Proust à Gaston Poulet au sujet du premier quatuor de Fauré qu’il projette de faire jouer chez lui

Marcel Proust (Paris, 1871/1922)
Écrivain français, auteur d'À la recherche du temps perdu, publié de 1913 à 1927.

Type de document : lettre autographe signée

Nb documents : 1 - Nb pages : 6 pp. 1/2 - Format : In-8

Lieu : [Paris, cachet postal]

Date : [6 mai 1916 selon les cachets postaux]

Destinataire : Gaston Poulet (1892-1974), violoniste et chef d’orchestre français.

Etat : Papier légèrement jauni.

Description :

Marcel Proust souhaite organiser, chez lui, un concert avec Gaston Poulet et un pianiste, de préférence Lazare Lévy, afin de réentendre le Premier Quatuor pour piano et cordes de Gabriel Fauré, qu'il avait entendu quinze jours plus tôt, le 14 avril, et pour la première fois, au festival Gabriel Fauré, donné à l'Odéon. Ce soir-là, il avait prié Fauré de lui présenter les musiciens. Proust a noté, dans ses carnets, après le concert du 14 avril 1916 : "Ainsi quand j'avais entendu la 1ère fois le Quatuor de Vinteuil (en réalité je pense ici à un morceau de violon joué par Capet dans le 1er quatuor en ut mineur de Fauré, sans doute dans la 3e partie)".

"Cher Monsieur, Pardonnez-moi je vous prie mon long silence, inexcusable en apparence, et qui a pourtant l'excuse que, réfléchissant à toutes ces difficultés je croyais chaque jour pouvoir aller vous en parler le lendemain. Et puis voici que j'ai pris un peu froid et ne suis pas bien, mais ce ne sera rien. D'ici un jour ou deux, je vous écrirai une lettre plus précise. La question ne se pose pas de la façon que vous croyez, je vous expliquerai comment mon état de santé a précisément pour effet de ne pas me laisser croire possible des occasions futures (bien qu'elles se présenteront en effet) de faire de la musique. Et je tâche toujours de me débarrasser d'une crainte ou d'un scrupule, même quand je les crois vains, pour éviter d'ajouter à mes autres maux la fatigue de la préoccupation. Je songerai à la meilleure solution et vous écrirai. Hier j'étais levé assez tôt pour faire accorder mon piano mais... je n'ai pu avoir d'accordeur. Je n'ai naturellement aucune objection contre M. Lazare Lévy, que je connais de réputation. Tout ce que je puis dire c'est qu'en principe, et sauf le cas d'hommes éminents comme Fauré par exemple que leur talent profond rend si simples qu'ils comprennent tout et qu'on n'est gêné devant eux par rien (je connais peu Fauré, mais je le prends comme équivalent musical de la simplicité d'Anatole France etc), ma santé était ma gde préoccupation, je me sens moins gêné, plus à l'aise, mois craintif de ne pas être en état de m'habiller, devant des gens plus jeunes plus "élèves". Vous me direz que vous êtes des maîtres. Mais vous, je vous connais déjà, la glace est rompue. Quel malheur que l'un de nous ne soit pas assez pianiste pour tenir le piano dans le quatuor de Fauré ! En tout cas, M. Lazare Lévy me semble très bien, et, tout au plus trop bien. D'ailleurs il n'y a aucun pianiste, du moment qu'il vous agrée, contre lequel j'aie aucune objection de principe. (Sauf un, M. Léon Delafosse, qu'il me serait peu agréable d'avoir chez moi, à moins que vous n'y teniez, mais vous ne me l'avez pas cité [Proust l'avait présenté, en 1894, à Robert de Montesquiou). En tous cas mes projets sont encore si vagues, mon état de santé si chancelant, que vous ferez mieux d'attendre plus de précisions pour parler à M. Lévy. A l'occasion qd vous m'écrirez (mais ne m'écrivez pas exprès, cela n'a rien de pressé !) dites moi donc l'adresse de M. Gentil [second violoniste du quatuor de Gaston Poulet]. Vous demeurez les uns rue de la Pompe, un autre au Panthéon ou même à Chatou. Seul M. Gentil est à 2 minutes de chez moi, ce qui me permettait q. q. fois de tenter avec lui un rendez-vous de la dernière minute, à tout hasard. Je l'ai hier déposé chez lui. Mais j'ai oublié le n°. Croyez cher monsieur à mes sentiments cordialement dévoués et amicaux. Marcel Proust".

Philip Kolb, Correspondance de Marcel Proust, Tome XV, N° 31, p. 83 à 86.

Enveloppe conservée avec cinq timbres et cinq marques postales.

7500,00

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